Du séjour à Sodome

Si l’on en croit la mythologie judéo-chrétienne, Sodome était une ville située au sud de la mer Morte. Elle fut détruite (en même temps que Gomorrhe) à grand renfort de souffre et de feu par un Dieu en colère qu’on n’y respectât pas les règles d’hospitalités considérées comme fondamentales en ces lieux et dans ces temps.

Du nom de cette ville maudite par Yahvé sont dérivés les termes « sodomiste », « sodomite » (dont le sens premier désignait les habitants de la ville), « sodomisme », « sodomiser » et bien sûr « sodomie ». Comme chacun sait, les deux premiers mots servaient autrefois à désigner les homosexuels, car bien entendu, ils étaient les seuls à s’adonner à cette pratique (sic). Or j’ai eu beau chercher dans mes différents livres, je n’ai pas trouvé ni le comment ni le pourquoi du fait qu’on ait dévié de l’inhospitalité d’une ville à inhospitalité (supposée) d’un anus. Il existe bien une phrase dans le Genèse dans laquelle les sodomites (habitants de Sodome) demande à « connaitre » les hommes étrangers (évidement ils ignorent que ces hommes sont en fait des anges) … « connaitre » dans la bible signifiant « avoir des rapports sexuels »… mais ça me semble vraiment tiré par les cheveux.

Quoi qu’il en soit, toutes les religions (les grandes religions monothéistes en tout cas) semblent s’être servit de cet épisode pour condamner la sodomie, à des degrés divers. Les catholiques la condamne qu’elle soit pratiquée dans un cadre homosexuel ou hétérosexuel (bah oui ! c’est sûr que ce n’est pas comme ça qu’on va procréer !), le judaïsme et certains courant de l’islam la tolèrent pour les couples hétéro. Mariés évidement.

Mon intime conviction est que le tabou, les à priori, les idées reçues, etc liés à cette pratique proviennent de là. Nous nous revendiquions tous laïques (voire athées pour certains),  mais certaines valeurs et principes découlent clairement de la religion et imprègnent notre culture et par extension, nous. Je ne compte pas le nombre de mes amies pour qui la sodomie est hors de question ou sale. Je ne compte pas le nombre de mes amis pour qui la sodomie est réservée au gays ou au femmes, mais approchez seulement un doigt de leur orifice anal et vous les avez perdus !

Pour ma part, cette pratique est toujours un moment particulier. Il est d’autant plus apprécié qu’il est rare, intime, pas offert à n’importe qui. Mais j’y reviendrai plus loin.

Je me souviens comme si c’était hier de mon premier voyage en sodomie… Quand j’y repense, je me dis que j’aurais pu être traumatisée par l’expérience et ne plus jamais vouloir recommencer… J’avais 19 ans, je vivais ma première grande histoire d’amour et nous étions fous l’un de l’autre et sexuellement actifs depuis plusieurs mois déjà.  Un jour, nous faisions l’amour de la façon la plus tendre et la plus classique qu’il soit, au moment de me pénétrer, le jeune s’est tout simplement trompé de trou ! Les premières secondes de surprises passées, je me suis juste laissée aller à apprécier l’instant et le plaisir que je ressentais. Je n’avais jamais réfléchi à la chose. On en n’avait même jamais parlé. C’était si naturel et le plaisir était si intense et si différent de celui auquel j’étais habituée… Après qu’il eu jouit et se fut retirer, nous avons parlé de cette première pour lui comme pour moi. Je devais être tellement excitée et dilatée qu’il n’avait effectivement senti de difficulté à s’introduire. Il avait bien noté que la texture n’était pas comme d’habitude et que j’étais plus étroite, mais c’était si agréable qu’il n’avait pas voulu y réfléchir. Nous avons mis plusieurs semaines avant de recommencer. Et bien entendu, à l’époque je ne savais rien de lubrifiants, des plugs anaux, de préparation et de toutes ces choses. Du coup ce n’était pas toujours aussi facile que cette première fois. Il nous est arrivé plus d’une fois de renoncer car j’étais trop serrée.

Avec le temps, et l’expérience, et des amants plus experts que moi, j’ai appris. Pas seulement l’excitation et le plaisir qui procèdent du sentiment de commettre un acte marqué su sceau du tabou et de l’interdit, j’ai appris aussi le côté moins glamour qu’on tait : le nettoyage, les pets, les accidents, les irritations… On est très loin de l’image lisse et propre que nous vend l’industrie du sexe. J’ai compris alors que pour moi, c’était un acte trop intime pour être partagé avec n’importe qui et je me suis fixée une règle simple : pas de sodomie avec un préservatif. Ça limite d’office le nombre de partenaire potentiel. Seul MON partenaire partage l’intimité de cette pratique, pas les amants de passage. J’adore la sodomie. J’adore sentir la queue de mon amant serrée en moi. J’adore être complètement mouillée par le plaisir que ça me procure. J’adore sentir mon amant giclé dans mon cul. J’adore la sodomie. C’est pour ça que je n’ai pas envie que ça devienne un acte cheap et quelconque.

Il en va de même avec la sodomie masculine. Je veux dire par là que j’ai beau avoir des amants bisexuels, je ne vais pas systématiquement les sodomiser et surtout pas dés le premier rapport. J’en ai rencontré qui s’en offusquaient. Une fois de plus, pour moi c’est un acte très intime et je refuse de le partager à la légère et avec le premier venu.

Et pourtant… Comment décrire cette sensation ?… Prendre un homme avec un gode-ceinture… Lui donner du plaisir ainsi… Le faire jouir ainsi… C’est à peine descriptible.

Je ne vais pas mentir, il est question de pouvoir. De pouvoir, de contrôle, de soumission.

Le sucer. Lécher ses couilles. Le sucer. Lécher ses couilles. Remonter la langue jusqu’au frein. Le titiller de la pointe de la langue. Sucer son pénis. Glisser la langue le long de la verge. Sucer ses couilles. Lécher le périnée. Laisser glisser la langue sur l’anus. Le lécher. Y introduire la langue. Si vous le sentez se dilater, il est a vous. Revenir sur la queue. Le sucer. Redescendre sur l’anus. Le lécher. Y introduire la langue. Le baiser avec la langue. Remonter sur la queue. Le sucer. Introduire un doigt (idéalement, lubrifié et attention aux ongles) dans l’anus. Le remuer. Le faire aller et venir. Introduire un deuxième doigt. S’il gémit de plaisir, vous le tenez.

Pour ma part, je pénètre un cul de mec comme j’aimerais qu’on pénètre le mien : avec beaucoup de lubrifiant et très lentement. Il faudrait pouvoir décrire ce qu’on ressent, enfoncée en lui, agrippée à ses hanches… Il faudrait pouvoir décrire les décharges qu’on reçoit à chaque coup de rein qu’on lui… Il faudrait pouvoir décrire l’excitation qui grandit en nous à chacun de ses gémissement et qui nous inonde de cyprine… Il faudrait pouvoir décrire le grisant que c’est de contrôler la cadence, l’intensité, de ralentir quand on se sent près à exploser pour retarder le moment de son orgasme… Il faudrait pouvoir décrire l’exultation de sentir son corps se raidir, trembler quand il jouit et éjacule… Il faudrait pouvoir décrire mais je doute qu’on puisse.

Quand je vis des instants tels que ceux ci (sodomiser ou être sodomiser), je ne peux pas m’empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui ne peuvent pas, et surtout à ceux qui ne veulent pas. Je suis triste pour eux. Non pas qu’ils me fassent pitié, mais sachant le plaisir que ça me procure, je regrette qu’ils ne puissent pas eux aussi en profiter.

2 réflexions sur “Du séjour à Sodome

  1. Un superbe texte, partir de si loin, de la Genèse, pour aller aussi profond, dans le traitement du sujet, est une belle idée, joliment mise en mots.
    Le commentaire sur l’épopée biblique est plein de sel, comme la femme de Loth évidement, et conclure ce passage par l’expression « tiré par les cheveux » un malicieux clin d’œil.
    En bref , ce texte est foutrement titillant.

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