Du voyage et de la foi…

Avant je ne m’étais jamais posé la question. Je veux dire, je n’y avais jamais réfléchi. Non que le sujet ne m’eut pas intéressé. J’avais simplement toujours compartimenté. Pas volontairement non. C’est juste qu’il y avait toujours eu d’un côté ma vie sexuelle, de l’autre ma vie spirituelle. Les deux ont évolué en parallèle, sans jamais se croiser, sans que l’une influe sur l’autre, sans que l’une remette en question l’autre. Et puis il y a eu Le Prêtre, puis Joël, puis Mario. J’ai commencé par questionner les autres, puis on m’a questionné, enfin je me suis questionnée.

1.  Le Prêtre : 

Ainsi Soient Ils ©Zadig productions

Ainsi Soient Ils ©Zadig productions

 Je l’ai rencontré lors d’une de mes missions de volontariat. Il conduisait le camion des maraudes de l’association. On n’a pas accroché tout de suite. C’était un des bénévoles les plus bosseurs et les plus impliqués, mais je le trouvais imbu de lui-même.  Un soir, alors qu’il me raccompagnait chez moi après une distribution, nous avons enfin pu échanger seuls. Il m’a expliqué qu’il avait été séminariste, qu’il avait parcouru le monde pendant près de 10 ans avec des missions humanitaires et d’évangélisation. Il était revenu en France trois ans plus tôt et avait renoncer à porter la robe. Il continuait à porter le message de fraternité de Jésus au travers de son travail comme bénévole auprès des plus démunis, mais il avait compris trois ans et demi auparavant que son « amour pour la chair prenait le dessus » (ses mots) et qu’il ne pouvait plus feindre de ne pas le sentir. Il avait décidé de mettre le même dévouement à explorer les plaisirs de la chair que celui qu’il avait mis à être un homme de Dieu… (encore ses mots). Il était donc devenu libertin. Et il avait BEAUCOUP libertiné. Dans un premier temps pour rattraper les treize ans d’abstinence, puis parce qu’il y avait pris goût. Il m’a même avoué qu’il était accro. Il était inscrit et apparemment très actif sur NetEch et était surpris de m’y avoir jamais croisé (Zic…). Evidemment, il ne m’a pas seulement déposé chez moi : on ne s’est presque pas quitté les semaines qui ont suivi.

2. Joël :

©Saez

©Saez

J’étais en vacances avec Le Prêtre au Cap d’Agde quand j’ai rencontré Joël qui vivait sur place. En fait, je suis arrivée avec le premier et j’ai fini mes vacances avec le second. Joël avait tout du prince charmant et du gendre idéal (enfin… Au début en tout cas, mais ça c’est une autre histoire). Prince Charmant parce qu’il m’avait sauvé d’une situation difficile, qu’il était serviable, beau et gaulé comme une statue grecque et baisait comme… waouh ! Gendre Idéal parce que courtois, respectueux et catholique pratiquant. Genre vraiment ! Il ne pouvait pas manger sans dire les grâces ou passer devant un cimetière sans se signer. Jusqu’à présent, je me demande encore comment il a fait pour ne pas courir sous à la douche après chaque fois qu’on s’envoyait en l’air ! Oh… Ai-je précisé que je l’avais rencontré lors d’un plan « soirée échangiste/gang-bang » ? Il était un des hommes seuls et faisait partie du groupe de mâles qui animaient ces soirées depuis près de deux ans. Quand j’ai découvert (assez rapidement du reste) l’aspect religieux de sa personne, ça m’a un peu décontenancé. Le Prêtre lui ne priait jamais. Certes, il avait la foi et avait choisi de la vivre au travers de sa compassion envers les autres, mais jamais il n’avait murmuré une prière ou esquissé un signe de croix. Les autres personnes de l’association dont on était tous deux bénévoles ne connaissaient ni son passé de missionnaire, ni son présent de libertin.  Joël était différent. Nos seulement il n’hésitait pas à afficher ses croyances religieuses (même auprès de ses amis libertins), mais il priait tous les jours, il allait à la messe, etc. Alors forcement, je lui ai demandé : « comment tu fais pour conjuguer ta foi chrétienne et tes pratiques libertines ? Ça ne te dérange pas ? Il ne t’arrive pas d’avoir mauvaise conscience ? Certes, techniquement dans les 10 commandements, c’est l’adultère qui est interdit, mais la fornication (comprenez, le plaisir charnel sans but de procréation) n’est-elle pas aussi un péché selon la bible ? » Non. Aucun problème de conscience. Il ne voyait pas en quoi il y avait une contradiction. Il n’était pas marié donc il ne trompait personne, et quand il couchait une femme marié ou en couple lors des soirées coquines, c’était toujours avec le consentement voire sous le regard du mari. Donc pas d’adultère là non plus. Ces réponses ont été le sujet de nombreuses discussions avec des copines non-libertines lors de soirées entre nanas. Et les avis sur la question étaient, vous vous en doutez, très partagés. Mais comme j’ai malgré tout la chance d’avoir des amies très tolérantes, le jugement n’a jamais été au-delà du « c’est chelou quand même ».  Aux dernières nouvelles, il se serait marié, à l’église, avec une jeune femme aussi libertine que lui… Apparently happy endings and happily ever afters do happen!

3. Mario :

 Bon… Dire que Mario n’était pas libertin est un doux euphémisme.  J’ai senti dès le début qu’il avait des idées très arrêtées sur pas mal de choses et une image plutôt négative de ce qu’il appelait « une dépravation à laquelle s’adonnent les gens qui n’ont aucune estime d’eux-même »… What is there not to like eh? L’arrivée de Mario dans ma vie a coïncidé avec un renouveau de ma vie spirituelle.

Je suis d’une famille très religieuse et ce depuis plusieurs générations, de celles dans lesquelles on dit la messe à la maison. Mais pas fermée pour autant vu que catholiques, protestants, musulmans s’y croisent allègrement et avec la plus grande tolérance. Pour ma part, j’ai toujours été plus spirituelle que religieuse. Ce qui m’a posé pas mal de problème avec mes parents d’ailleurs… J’ai été élevée dans la pure tradition catholique, avec catéchisme, messe le dimanche et aumônerie, mais l’adolescence est passée par là et je me suis rebellée. Le questionnement a remplacé la foi, l’apprentissage a remplacé la pratique. Je me suis mise à dévorer tous les ouvrages que je pouvais trouver sur la religion, toutes les religions. Torah, Nouveau Testament, Coran, Vedas, Livre des Mormons, Theravada, Bible version Témoins de Jéhovah, Bhagavad Gita : ils y sont tous passés ! Eux et tous les livres critiquant les religions que je trouvais. Tout le monde croyait que je devenais athée alors que c’est le contraire qui se produisait.  Je découvrais ma propre foi au lieu de suivre aveuglément celle transmise par mes aïeux.montage_1-d4544

  De mes recherches et mes lectures sont nées deux convictions intrinsèques.  La première, je crois qu’il existe un Être, une force, une puissance, une déité au-delà de nous, alpha et l’oméga de toutes choses. La seconde, je ne crois en aucune église et aucune religion, mais je les embrasse et respecte toutes. La conséquence de ces réalisations a été que j’ai fait mon marché dans les différents rituels et j’ai également créé les miens (quand j’y pense, je pourrais carrément monter une secte – note pour plus tard). Pour en revenir à Mario, quand il a découvert ma sexualité « alternative », ça a été un choc pour lui. Quand il découvert que j’étais croyante, que je méditais, que je faisais des neuvaines, que je respectais le jeûne du mois du Ramadan, ça l’a achevé. Il a été d’une virulence qui, quand j’y repense, me fait encore froid dans le dos… J’étais déjà une sorte de pauvre fille, sans aucune confiance en elle ni respect pour son corps, je suis devenue, une fille perdue, hypocrite et en quête de rédemption. Nul besoin de préciser que l’histoire n’a pas résisté à la critique perpétuelle et au jugement basés plus sur son ignorance, ses atermoiements et ses doutes que sur mes soient disant déviances et incertitudes.

Aujourd’hui je pense avoir une relation honnête et somme toute saine avec Dieu (je l’appelle comme ça à défaut d’un autre terme plus approprié, mais ce n’est aucunement en référence à une religion en particulier). Je lui parle et le prie en évitant autant que possible les intermédiaires. Je ne me fie pas à ce que certains hommes ont retranscrit il y a des millénaires dans des textes devenus sacrés pour définir ce qui est bien ou mal, ce qui immoral ou vertueux, ce qui juste ou arbitraire, ce qui dépravé ou chaste. J’écoute cette petite voix en moi pour me guider dans mes choix de vie. Je suppose que certains appellent ça la conscience ou l’intuition. Moi je suis intimement convaincue que c’est le moyen qu’à trouvé Dieu pour s’adresser à chacun de nous. Toutes les fois où j’ai choisi de l’ignorer ou d’aller à son encontre, je l’ai regretté. Du coup, maintenant j’y prête la plus grande attention ! Avec le recul je réalise que ce n’est pas le rapport sexualité/foi qui est problématique, mais le rapport sexualité/religion. Les religions (donc les hommes qui en sont à l’origine en fait ) imposent des règles, éditent des dogmes, listent des interdits tandis que la foi c’est la relation qu’entretient chacun avec la divinité de son choix. Et, n’en déplaise à certains bien-pensants, malgré ma sexualité peu orthodoxe, j’ai de très bon rapports avec la mienne.

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2 réflexions sur “Du voyage et de la foi…

  1. Un texte qui étonne, dès les premières phrases le ton est donné, la question posée « C’est juste qu’il y avait toujours eu d’un côté ma vie sexuelle, de l’autre ma vie spirituelle. » Un texte à lire, à relire, un texte qui incite à s’interroger, Mam’zelle N écrit  » J’ai commencé par questionner les autres, puis on m’a questionné, enfin je me suis questionnée. »
    Interroger les rapports ambigus de la spiritualité et de la sexualité, des religions et de la sexualité n’est pas une mince affaire. Les éléments de réponse que nous offre ici Mam’zelle N issus de ses expériences, de ces rencontres, de se vie sont beaux et vivants, pleins de vitalité, mais n’épuisent pas le sujet. Pourrait-on rêver épuiser de tels sujets, avec ou sans jeux de mots/ maux ?
    Un texte qui se lit avec bonheur, qui donne envie de le relire, de se questionner, d’aller plus loin….

    Aimé par 1 personne

  2. Que ce témoignage fait du bien à lire. Sans autant de lectures ni de rituels religieux divers dans ma vie quotidienne, et sans avoir les 2 pieds dans le libertinage, je retrouve en partie mon propre parcours, de la famille très pratiquante à ma propre spiritualité sans religion aujourd’hui. Au delà de l’aspect religieux, il y a également l’aspect énergétique qui entre en jeu en pour moi. Choisir ses partenaires est 1 chose, mais ces partenaires ont eux même leurs propres partenaires, et lors des relations, l’échange et la transmission des énergies est encore plus importante. Dans mon métier, j’ai appris à me protéger et me nettoyer des énergies négatives des personnes que j’accompagne pour ne pas me retrouver vidée ou aspirée (ça m’est arrivé et ça fait « drôle »quand on arrive plus à porter ses jambes 1 matin sans prévenir). Probablement libertine qui ne peut actuellement pas s’initier comme elle le voudrait, j’espère que cela se résoudra un jour et que je saurais également me protéger de toutes ces énergies qu’on ne peut contrôler.

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