Le corps, ce drôle de bagage…

« L’image de soi joue un rôle primordial dans le désir de la femme « 

Cette phrase est extraite de l’excellent documentaire de Arte, « Désir et plaisir : les secrets de la libido ».

En gros, pour resentir du plaisir, une femme a besoin de se sentir belle, ou du moins de sentir qu’elle est belle dans le regard de son amant, mais elle a aussi besoin de se sentir bien dans son corps, ce qui arrive quand son partenaire lui témoignage du désir et de l’affection.
Vous avez bien compris. C’est un système de vases communiquants. Ou le serpent qui se mord la queue selon que l’on soit du genre verre à moitié plein ou à moitié vide.

Il n’en reste pas moins que chez la femme, le corps ou du moins la notion de « perception du corps » et le combo désir/plaisir sont intimement liés.

N’importe qui qui me connait sait que je suis extrêmement complexée par mon physique.
N’importe qui qui me connait un peu plus sait que je n’ai absolument aucune pudeur, pas plus physiquement qu’émotionnellement.

téléchargementPour comprendre d’où me viennent mes complexes, il faut de manière affreusement banale remonter jusqu’à qu’à mon plus jeune âge. Mais comme pour beaucoup de nœuds de ma vie, celui ci s’est forgé par étape, par couches. Enfant (avant l’adolescence je veux dire), j’étais d’une maigreur extrême. Ayant grandi dans une région du monde où l’on encense plus les rondeurs, symbole de féminité et de bien portance, que les creux, je n’ai pas échappé aux railleries de mes cousins et camarades de classe. Ma famille, inquiète que je grandisse sans grossir (j’ai été très longtemps la plus grande de ma classe), m’a gavé de tout ce que existait de remèdes de grand – mères et de pharmacopée. Bien sûr, sans aucun résultat autre que celui de me faire sentir anormale. Et puis un jour, la nature a fait son oeuvre. Mes hormones se sont réveillées, précocement, soudainement, cruellement. À huit ans mes seins sont apparus, à neuf ans mes premières règles, à dix ans mon premier soutien gorge. Et les enfants savent être cruels… Je l’ai découvert alors. À l’âge auquel, lorsqu’une copine me disait qu’elle était sorti avec un garçon, je répondais « pour aller où? », mon corps lui était déjà quasiment celui d’une femme. Les garçons commençaient à me désirer et me le faisaient payer ; les filles me jalousaient et me le faisaient payer ; ma mère voyait en me regardant la silhouette qui avait été la sienne et les mauvais choix qu’elle avait sans doute entraîné et me le faisait payer. J’ai passé une bonne part de mon adolescence sous des baggies et des sweatshirts ultra larges. J’ai béni l’époque grunge qui m’a permis de ne pas me coiffer, de ne pas me maquiller, bref, de me déféminiser autant que possible. Je ne sais pas dire exactement quand le changement a eu lieu, mais j’ai fini par faire la paix avec mon corps, ou plutôt avec l’idée qu’il pouvait être un objet de désir. J’ai porté des robes, des jupes, des talons, des vêtements ajustés. Ça ne me gênait plus qu’on ait envie de moi. J’y ai même pris beaucoup de plaisir. Et puis plus tant que ça. Le plaisir n’était plus assez. Je voulais qu’on ait pas seulement envie de moi, mais qu’on ait aussi envie d’être avec moi. Moins j’obtenais ce que je voulais, plus j’étais mal. Quand j’ai commencé à prendre du poids, j’en ai été presque soulagée. Je me suis dit qu’on allait enfin s’intéresser à moi pour moi et non pour mes seins lourds et mes fesses rebondis. Malheureusement, les choses ne sont jamais si simples. On (les hommes principalement ) n’a pas arrêté de me regarder comme un objet de fantasmes et de ne venir à moi que pour ça, et j’ai dû composer avec ce corps qui ne me ressemble pas, composer aussi avec le regard de ceux qui m’avaient connu avant, quand j’étais belle.

Mon manque de pudeur lui est beaucoup moins compliqué à expliquer. J’ai grandi dans un environnement où il n’y en avait pas. J’ai été élevée par des femmes. La maison était toujours pleine de tatas et de cousines qui se déshabillaient, se lavaient, se pomponnaient, se promenaient nues ou presque. La nuditė m’a toujours semblé très naturelle. Quid de mon impudeur affective? Franchement je n’en ai pas la moindre idée. On n’est pas très adeptes des effusions d’affection dans la famille, et de mes amies, je suis la seule qui le sois. Ça reste un grand mystère pour moi.

Quoi qu’il en soit, ce qu’on note d’abord est le fait que je sois si complexée, si mal dans mon corps et si peu confiante en moi même. Par conséquent, on a du mal à comprendre que je puisse non seulement m’exhiber ainsi sur Twitter, mais surtout avoir une vie sexuelle si… mouvementée pour ne pas dire autre chose (cf. Article  » My I did them list »).

Si je veux être tout à fait honnête, je ne le comprends pas très bien moi même.

59f117be3806d76d5bc9b301157d9fd4Twitter a commencé comme un jeu, une sorte de défi à moi même. J’avais besoin de me sentir belle. J’avais besoin de sentir que d’autres me trouvaient belle, voire avaient envie de moi. Le pari était qu’en me sentant belle et désirée, ma confiance en moi et en la qualité de mon physique en découlerait naturellement. Après tout, je l’avais perdue par le regard des autres, pourquoi ne la retrouverais-je pas de la même manière? Ça a peut-être fonctionné au début, mais je ne pense pas que ce soit encore le cas.

Dans ma vie sexuelle c’est différent. Comment dire ça prétention ni fausse modestie?… Je pense être un bon coup. Ou du moins, savoir donner du plaisir et mettre mon/mes partenaires à l’aise et en confiance. Sentir qu’ils prennent du plaisir, sentir qu’ils gagnent en assurance, sentir que malgré la transpiration, les cheveux décoiffés, le maquillage qui coule, les bourrelets, ils sont excités par moi, peut-être même qu’ils me trouvent belle… l’espace de ces quelques instants, les complexes s’envolent, et avec eux, la solitude et le sentiment d’être mal aimée qu’ils ont fait naître.

Cela veut-il dire qu’ils ont complètement disparu et que je suis libre de juste profiter et prendre du plaisir? Je n’en suis pas si sûre. Le fait que je n’arrive pas à atteindre l’orgasme durant les rapports sexuels (donc avec un tiers) est je pense un bon indicateur. Ce lâcher prise, cette abstraction totale du corps au profit des sensations que cela requière ne semble pas être à ma portée.

Je repense à cette campagne de pub,  » Sexy is not a size, Your body is not a battleground« . Ton corps n’est pas un champs de bataille… Je comprends et pourtant je m’en sens tellement éloignée. Oui mon corps n’est pas un champs de bataille. C’est pire : mon corps est l’ennemi.
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Je ne me souviens pas d’un moment de ma vie où je n’ai pas été en guerre contre lui.

 Trop petite.
Trop grande.
Pas assez souple.
Trop maigre.
Trop grosse.
Pas assez féminine.
Trop sexy.
Pas assez pudique.
Trop vulgaire.
Trop souriante.
Trop hautaine.
Pas assez musclée.
La guerre. Constante. Si instants de répit il y a eu, ils ont été trop brefs pour que mon esprit daigne en faire cas.

 

Hier (03-04-2015), un autre homme a encore tenter de « force himself upon me » (on traduit littéralement par « s’imposer à moi » mais je trouve que la version anglaise, plus imagée, dit davantage la violence de la chose). Quelles que soient les raisons qui ont motivé son comportement, je blâme mon corps. Et je vais lui faire payer d’une façon ou d’une autre, comme les autres fois.

Le problème quand on est en guerre contre soi – même, c’est qu’il ne peut pas y avoir de vainqueur. Il faut juste à un moment donné faire la paix si on veut éviter l’autodestruction. Mais comment? Quand? Et surtout qui tend la main en premier?

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Je n’ai pas l’intention d’arrêter d’explorer ma sexualité. Mais plus cette guerre perdure, plus elle me complique la tâche. Au début de ce voyage, mon corps était au mieux un allié malgré moi, au pire un petit bagage que je n’avais pas d’autres choix que d’emmener avec moi. Aujourd’hui il est devenu comme cette hanche métallique dont tu ne peux pas te passer mais qui déforme ta démarche, te ralenti, t’empêche de faire certains mouvements, sonne aux portiques des aéroports et en fin de compte, rend ton voyage beaucoup plus compliqué et passablement moins agréable.

4 réflexions sur “Le corps, ce drôle de bagage…

  1. Manque de pudeur, écrivez-vous, et ce texte où vous vous mettez à nu est empli de pudeur. Je ne parle pas là de cette pudeur qui nous retient de montrer notre cul, en notant bien que selon les situations le degré de cette pudeur est pour le moins variable, il n’est qu’à voir les corps exhibés sans retenue sur les plages plus ou moins ensoleillés. La vraie pudeur au contraire est celle qui fait que l’on ne déballe pas son âme comme à l’étal du boucher, que l’on prend la peine de chercher, que l’on trouve les mots justes pour évoquer l’indicible qui est en nous.

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  2. Bonjour,
    C’est la première fois que je vous lis. Pfff, quel texte !
    J’y retrouve des problématiques exprimées par certaines femmes que je connais.
    Je travaille actuellement sur in projet qui tourne autours du corps. Je cherche des gens qui ont des choses à dire : une pose, un texte, un tableau….
    Si ça vous titille, le premier message de mon blog dégage à grands traits la chose.

    CdE

    Aimé par 1 personne

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