Petit creux et midnight snack

Je jouis, les jambes bien écartées, en remontant les genoux vers mon visage et les deux mains attrapant fermement la tête de lit. J’aurais aimé pouvoir suspendre le temps pour profiter plus longtemps de l’état de béatitude dans lequel je me trouvais. Je savais que ce ne serait pas possible. Déjà ses mains avaient lâché mes fesses. Son corps s’agitait, impatient. En redéposant mes jambes sur le lit, je relevais un peu la tête et j’aperçu son épaisse chevelure brune qui recouvrait complètement mon pubis et le haut de mes cuisses. Aidée de ses bras et de son corps qui ondulait, sa tête remonta et vint se poser sur mon ventre. Je promenais mon regard sur sa peau dont la pâleur était encore plus flagrante sous la lumière crue de la chambre d’hôtel.

Le cunnilingus ce n’était pas son truc. Ça, ça avait été clair dès nos premiers échanges virtuels plusieurs mois auparavant.

Des centaines d’emails et de sms échangés, des mois à apprendre à se connaître, à se découvrir, à se faire l’amour avec nos mots… Et puis cette première rencontre dans mon appartement… Le dîner que j’avais voulu exotique, que j’avais composé et cuisiné en prenant bien soin d’y incorporer tout les ingrédients et toutes les épices que je savais être aphrodisiaques… Son apparition sur le pas de ma porte avait été juste ça, une apparition. Ses cheveux noirs, ses yeux d’un bleu presque translucide, ses lèvres pulpeuses et rose cendré et ce sourire… J’avais bien sûr déjà vu des photos mais elles ne m’avaient pas préparée au son de sa voix et à son odeur. Je luttais contre moi-même depuis des semaines pour ne pas tomber amoureuse. On ne tombe pas amoureux d’une image. Maintenant que l’image était réelle, le combat me semblait bien difficile à mener. Au prix d’un effort qui encore aujourd’hui dépassait mon entendement, durant tout le dîner j’ai réussi à résister à l’envie qui me tenaillait de lui arracher ses vêtements.

Je ne me souviens plus exactement de comment nous avions atterri dans ma chambre. En revanche, encore aujourd’hui, je me souviens parfaitement de la texture de sa langue, je me souviens de chaque grain de sa peau, je me souviens de tous les gémissements, je me souviens des rires, je me souviens des morsures, je me souviens du désir. Je me souviens qu’il y avait eu de la jouissance, mais pas d’orgasme. Ni de sa part ni de la mienne.

Et je me souviens surtout que le cunnilingus ce n’était pas son truc.

Ça avait été pratiqué bien sûr, mais plus sur le mode cadeau, voire du compromis, sans réelle envie ou plaisir. Et égoïstement, j’avais pris.

Exactement comme je venais de le faire. Après des semaines de séparation, mon corps avait été son festin. Je doutais qu’une seule parcelle lui soit dorénavant inconnue. Je m’étais offerte sans retenue. J’avais joui plusieurs fois impudiquement. J’aurais sans doute dû me sentir coupable de prendre autant de plaisir sans vraiment songer à en donner à mon tour, mais l’état de quasi transe dans lequel ses attentions me mettaient ne laissait pas de place pour la culpabilité.

À présent, épuisée, au bout de mes forces, l’idée que j’avais envie de lui donner autant de plaisir que j’en avais pris commençait à germer. Je me remémorais nos échanges, ce que j’avais appris de ce qui lui plaisait. J’avais beau être ouverte et curieuse, le BDSM n’était pas du tout une voie sur laquelle je me sentais prête à m’engager. Et surtout pas pour faire plaisir à une tierce personne. Je n’avais que peu d’attrait pour la soumission, un attrait encore moindre pour la domination et une aversion certaine pour la douleur. Mais je lui avais plu malgré tout. J’aime même à croire que c’était justement pour ça que je lui avais plu : tout ce que je faisais ou laissais faire, c’était parce que j’en avais envie et non parce qu’on me l’avait ordonné. J’avais cru percevoir dans nos échanges une certaine lassitude et un ennui croissant envers la soumission et l’adoration que ses partenaires de jeu lui témoignaient.

Un grognement s’échappât de la touffe brune posé sur mon ventre : « Ggggrrrrhhhh ! J’ai envie d’une bite ! »

Je ris. « Oh bravo ! Je te sers à quoi alors ? « 

Rire. « À tout le reste. »

Je repensais à cette scène de Orange Is The New Black.

Alex : « You’ve never gone down on a woman before? What kind of lesbian are you? »

Piper : « The boob-touching kind. »

Sa bouche embrassa mon ventre, se frayant un chemin jusqu’à mes seins, puis jusqu’à mon cou, puis jusqu’au lobe de mon oreille pour y murmurer :  » Allez… Trouvons une bite… « 

 » Sérieusement ?! »

« Oui! J’ai envie de jouer avec… J’ai envie que tu me regardes jouer avec… Et si t’es sage, peut-être même que je te laisserai aussi jouer avec… »

Éclat de rire.

« Mais où tu veux trouver ça !? Il est presque 3h du matin ! « 

« NetEch ?… »

Évidemment.

Je n’aurais jamais cru qu’attirer un homme en pleine nuit dans sa chambre d’hôtel fût si aisé… Vingt minutes de connexion et de recherche, dix minutes d’échange, trente minutes de trajet… A peine une heure après en avoir eu envie, le snack frappait à la porte.

Je l’avais sélectionné, je savais qu’il était plus jeune que nous, mais je fus surprise de voir à quel point ses 23 ans se lisaient sur son visage et sur son apparence générale. Je m’écartais de la porte pour le laisser passer. Il portait un jeans bleu délavé un peu trop large à mon goût, des chaussures montantes et une veste d’hiver Caterpillar. Il ressemblait à un adolescent du fin fond de l’Iowa ou du Wisconsin, de ceux qu’on voyait dans les téléfilms américains.

« Elle ne va en faire qu’une bouchée », me dis-je.

Je lui offris d’ôter sa veste de s’asseoir sur le seul fauteuil de la pièce. Il était gêné et tout rouge. Rien d’étonnant à ça. Je savais de notre bref échange qu’il n’avait jamais fait ça. Et pour ne rien arranger, elle n’avait même pas pris la peine d’enfiler une nuisette. Elle était allongée sur le lit, nonchalante, féline, offerte, nue. À peine avait-elle soufflé un « salut » à son entrée. Tandis que je tentais de détendre le snack en lui servant une bière et en lui parlant de tout et de rien, je la sentais qui se remuait sur le lit. Je savais qu’elle était en train de se caresser. Pour attirer mon attention, elle me touchait de temps en temps le dos ou la cuisse de la pointe de son pied. Au bout d’une dizaine de minutes de ce manège, je finis par me retourner. Elle arbora son sourire le plus séducteur et tendit le bras vers moi.

Ça ne servait à rien de lutter.

Quand j’eus attrapé sa main, elle m’attira sur elle dans un éclat de rire. Je l’embrassais. Je goûtais ses joues, ses paupières, son nez, son cou, son oreille, son épaule, son avant-bras, le creux de son coude, son bras. Elle enfonça un doigt dans ma bouche. Puis un autre. Ils sentaient mon intimité. Ils en avaient le goût. Ils me donnaient envie de goûter la sienne. Je plaçais ma tête entre ses jambes et entrepris de la lécher, lentement. Je glissais ma langue entre ses grandes et ses petites lèvres, dessinant un sillon chaotique, imprégnant ma langue du jus dont elle ruisselait déjà. Je savais qu’aussi plaisantes que fussent mes caresses buccales, ce n’était pas ce qu’elle voulait et ce n’était sûrement pas ce qui la ferait jouir. À cet instant précis ça m’était totalement égal. Je me délectais. Je ne saurais pas dire ce qui me ramena à réalité de la situation, je lâchais avec réluctance ma proie et m’efforçais de sourire en m’adressant au snack.

« Viens. Prends-la. »

Il se leva dans un sursaut, comme si mon commandement l’avait tiré de la léthargie dans laquelle le spectacle que nos deux nudités l’avait plongé. Il se déshabilla rapidement et fouilla dans la poche de son jeans pour en sortir un préservatif. Je pensais un instant à le sucer, puis je me ravisai. Vu son état de nervosité et d’excitation, il aurait été capable de jouir avant même de l’avoir pénétrée, et pour ça, elle m’en aurait terriblement voulu.

Il s’allongea maladroitement sur elle et elle guida sa queue en elle. Il allait et venait, tandis que je caressais le visage de mon amante. Ses yeux étaient clos. Ses sourcils froncés. Je n’aurais su dire s’il s’agit de plaisir ou de concentration ou déplaisir.

Au bout de plusieurs minutes, elle ouvrit les yeux et m’adressa un « à ton tour » illisible. Je m’allongeais à ses côtés. Elle ordonna au snack : « Prends-la. »

Il parut décontenancé mais il se détacha d’elle et entreprit de s’allonger sur moi.

« Wooooohohoho! Pas si vite jeune homme. Quand on change de chatte, on change de capote. »

Me rappelant qu’il n’avait aucune expérience de pluralité,  j’accompagnais ma remarque d’un sourire qui se voulait complice pour qu’il ne le prît pas mal. Trop tard. Il bredouilla un « ah-oui-pardon-désolé » à peine audible et devint écarlate. Il finit néanmoins par se glisser en moi. Je tâchais de me concentrer sur le plaisir qui devait arriver. J’attendis, à l’affût. Mais rien ne se produisit. Pourtant je le sentais en moi, je sentais ses cuisses contre les miennes, je sentais son ventre contre le mien. Pourtant je ne sentais rien.

Au bout d’un (long?…) moment, perplexe et passablement inquiète, je cherchais du regard mon amante qui s’était levée pour fumer une cigarette à la fenêtre. Elle avait l’air amusée par mon désarroi, elle souriait, d’un de ces sourires qu’on affiche lorsqu’on observe quelqu’un qui découvre quelque chose que nous nous savons déjà. Devant mon expression désemparée, elle leva les yeux au ciel, tira violemment sur la cigarette avant de l’écraser contre le rebord de la fenêtre.

Elle vint se placer derrière le snack qui s’activait toujours sur moi. Quand elle lui toucha les fesses et le dos, je le sentis se contracter. Elle murmura quelque chose dans son oreille avant de s’adresser à moi avec un sourire mi-adorable mi-garce :

« Chérie, si tu te mettais à quatre pattes ? Laisse-le admirer ton cul ». J’obtempérais. Je sentis une de ses mains à elle écarter mes fesses, puis une queue pénétrer mon vagin. Je ne voyais rien de ce qui se passait derrière moi mais je pouvais aisément le deviner. C’était ses mains à elle qui avaient agrippé mes hanches et me faisaient aller et venir le long de sa verge, très vite, très fort. Elle gémissait et m’encourageait. J’entendais mes fesses claquer contre le bassin du snack.

Au bout de deux-trois minutes de cette cadence, il rendit les armes et jouit en s’effondrant sur mon dos. Je me débarrassais de lui en me redressant sur mes genoux. Il comprit le message et se retira. Quand il se leva pour se rafraîchir, j’allumais une cigarette et me blottis dans les bras de ma maîtresse. J’avais envie d’être seule avec elle. Tandis que je réfléchissais à comment me débarrasser poliment de notre invité, j’entendis mon amante dire :  » Bon ben, merci jeune homme. Nous ne voudrions pas vous retenir plus longtemps. Je sais que la route est longue. Maintenant vous pourrez rayer « plan à trois » de la liste de vos fantasmes ! ».

En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, le snack était reparti.

On attaquait notre deuxième cigarette dans le silence lorsque sortie de nulle part, elle me dit : « la prochaine fois qu’on aura une fringale, rappelle-moi qu’on doit commander des pizzas plutôt. »

Une réflexion sur “Petit creux et midnight snack

  1. Une histoire bien sympathique, mélange de douceur et de sensualité. Pauvre petit « snack », si jeune et innocent tombant sur deux jolies louves à peine rassasiées hahah !!! 🙂
    Merci pour ce partage en tout cas qui je suis sure provoquera beaucoup d’effet

    Aimé par 1 personne

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