Un autre vendredi 13

J’ai spéculé longtemps sur l’indécence ou non, l’opportunité ou non d’écrire cet article.

À l’heure où d’autres découvraient la douleur et l’angoisse, je découvrais le plaisir et la douleur.

Comment parler de ce tournant de ma vie quand d’autres ont atteint cette nuit là la fin de la leur ?
Et puis finalement, le pourquoi a pris le pas sur le comment. Et là les réponses étaient plus évidentes.

Parce que c’est la vie, tout simplement. Elle a ceci d’extraordinaire qu’on a beau tenter de l’étouffer, elle trouve toujours un moyen d’éclore.
Parce que c’est probablement à cause du ce contexte horrible que je ne suis laisser aller à prendre du plaisir et à complètement lâcher prise, comme une bulle loin du réel.
Parce que la Terre ne s’est pas arrêté de tourner cette nuit là : des enfants sont nés, d’autres ont été consus, des gens sont morts de leur belle mort, certains se sont dit oui, d’autres ont rompus.

Moi j’ai fait l’amour.
Puis j’ai baisé.

Il a accepté de m’entrouvrir une fenêtre sur son monde et je l’ai autorisé à m’initier.
Être à lui.
Me soumettre à ses désirs.
Offrir mon corps à ses dents, ses ongles, ses mains.
Laisser ma chair être pincée, mordue, frappée, griffée, malmenée, tuméfiée, utilisée.
Écouter sa voix me guider du chemin qui va de la douleur au plaisir sans pour autant franchir la ligne après laquelle le plaisir disparaît.
« Je suis à toi » et aussi simplement que ça, être sienne, mon esprit docile et mon corps soumis.
Découvrir des zones érogènes que je ne me connaissais pas.
Sentir mes fesses rougir et chauffer sous ses claques.
Ne plus être capable de définir d’où vient la douleur.
Avoir seulement conscience de son membre.
Réaliser que son excitation à trempée les drap.
Avoir peur.
Refuser de prendre le temps d’analyser.
Réclamer encore ses morsures, ses griffures, ses frappes.
Offrir mon cou à l’étreinte de ses mains.
Avoir envie de pleurer de douleur et de plaisir.
Retenir mes larmes.
Avoir envie de lui dire que ma chatte est sienne, à baiser comme il lui sied.
Retenir mes mots.
Obéir à ses instructions pour le faire jouir. Perdre toute notion du temps et de l’espace.
Me laisser ramener par la tendresse et la douceur de ses gestes.
Écouter sa voix pour retrouver un souffle régulier et apaisé.
Avoir la tête qui tourne.
Comprendre que je viens de franchir une étape dans mon voyage initiatique.
M’endormir malgré moi.

Samedi 14 novembre, la France s’est réveillée avec la gueule de bois, apeurée, chamboulée dans ses repères, à la croisée des chemins et hésitante sur la direction à suivre, incertaine de comment se dessinerait son futur mais assurée que l’avenir restait à vivre pleinement, avec au ventre l’envie d’aller encore plus avant, avec dans les poumons une liberté qui n’attend que d’être hurlée, et sur les lèvres, un sourire de défi.

Samedi 14 novembre, j’étais la France.

3 réflexions sur “Un autre vendredi 13

  1. Un très beau texte, mais venant de toi ce n’est pas surprenant. Les mots pour dire ce plaisir, cette jouissance sont si vrais, si forts. Quel beau vendredi que celui-là, cette nouvelle étape initiatique est une belle réponse à ses funestes crevures.
    Merci pour ce moment de bonheur, pour ce moment de vie.

    Aimé par 1 personne

  2. J’aime beaucoup ce texte qui parle si bien de cet apprentissage de la vie.
    Il y a tant de mots que je retrouve dans ce texte : avoir peur ; avoir envie de pleurer; avoir la tête qui tourne; être soi-même dans cette douleur de plaisir… superbe

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s